samedi 9 février 2013

La naissance d'Eloi


Je profite à fond des derniers jours de cette grossesse. Je savoure chaque journée en préparant des bricoles pour mon bébé : le doudou, la couverture,… Cette grossesse est la plus difficile physiquement (et aussi psychologiquement mais ça c’est une autre histoire), le soir et la nuit mon corps n’est que douleur. J’ai du mal à trouver des positions confortables pour dormir et je découvre plein de désagréments. Cette fois-ci, je découvre également les contractions hors du travail avec même toute une nuit d’entraînement de mercredi à jeudi. Mais cela ne m’empêche pas d’espérer que Bébé restera jusqu’au bout (en théorie le 8 février).

Dimanche 27 janvier.
Nous passons une très bonne journée tous les 4 à la maison. Le matin, je cuisine des lasagnes à la florentine, Sébastien bricole un peu, les garçons jouent. Pendant la sieste des garçons, je leur couds des sacs pour ranger leurs jouets. Comme à son habitude le soir dans le lit, Louis caresse mon ventre et parle à son petit frère.

Lundi 28 janvier.
4h, je suis réveillée par une drôle de sensation dans mon ventre, comme un hoquet de Bébé mais ce n’est pas ça. 3ème lever pipi de la nuit. Je me recouche, tente de trouver une position pour me rendormir. Je ressens une contraction un peu forte et décide qu’il vaut mieux que j’aille terminer la nuit sur le canapé à l’étage car je sens que je vais avoir du mal à me rendormir et je ne veux pas déranger Sébastien à tourner et virer dans le lit.
A peine debout, la poche des eaux se rompt ; j’inonde le parquet de la chambre, Sébastien se lève en sursaut, c’était sa grande crainte ! Il est 4h15. Il éponge, j’appelle ma mère, nous nous préparons et regroupons les quelques affaires dont nous avons besoin. Bon ok j’avoue, je range un peu aussi, prépare les affaires des garçons, met une machine de linge en route. Nous partons pour l’hôpital, il doit être à peu près 4h40. Il pleut comme tous les jours ces dernières semaines.
Arrivés à la maternité, nous sommes accueillis par Julien, un étudiant sage-femme. Il me pose les questions d’usage et m’installe le monitoring et m’annonce qu’ils vont enregistrer les mouvements de Bébé pendant 30min. J’ai quelques contractions, je ne sais pas dire à quelle fréquence, elles ne sont pas très intenses. Première contraction enregistrée sur le monito, il est 5h10, à partir de là je perds la notion du temps. Je m’étonne qu’il n’examine pas mon col, il me répond qu’ils le feront ensuite. A vrai dire, je n’avais pas percuté que c’était un étudiant. La sage-femme n’attendra pas 30min pour venir ; une dizaine de minutes seulement je pense durant lesquelles j’ai déjà eu 3 ou 4 contractions qui s’intensifient. Le temps j’imagine de parcourir en diagonale mon dossier qui est assez fourni ! Elle se présente, elle s’appelle Samantha, elle est jeune et a l’air sympa. Elle propose de m’examiner et m’annonce que je suis à 5/6. Elle me dit qu’à priori elle ne me réexaminera pas jusqu’à la fin du travail. Elle m’explique que vu l’avancée du travail, elle me laissera le monitoring en place mais que ça ne m’empêche pas de me lever si j’en ai envie. Elle me pose un cathéter obturé, m’interroge par rapport à la délivrance dirigée (à savoir que leur protocole préconise une injection de Syntocinon au moment du passage des épaules), je refuse l’injection en lui expliquant mon positionnement. Elle ne fait aucune difficulté, elle me prévient qu’elle branchera donc simplement un sérum salé au moment de l’expulsion pour s’assurer que la voie est fonctionnelle ; je n’en vois pas vraiment l’intérêt mais elle m’assure que la tubulure sera longue et n’entravera pas mes mouvements. Nous parlons également du clampage du cordon, elle sait que je veux attendre qu’il cesse de battre ; elle me prévient juste que s’il y a une circulaire elle devra couper. Elle m’interroge sur la position que je souhaiterais pour l’expulsion. Je lui dis que je souhaite récupérer le placenta et lui explique dans quel récipient on me l’avait mis pour Clovis. Elle me propose ensuite le ballon, m’encourage à bouger comme j’en ai envie. Elle est attentive et semble soucieuse que mes souhaits soient respectés.
Notre conversation est rythmée par des contractions régulières mais tout à fait gérables. Elle nous laisse tous les deux, je m’installe sur le ballon. Je sens les contractions dans le dos, je demande donc à Sébastien de me masser le bas du dos avec de l’huile à l’arnica. Il est assis sur une chaise face à moi, nous sommes quasiment à la même hauteur. Je peux enfouir ma tête dans son cou pendant les contractions, ça fait du bien. Il me donne également les granules d’homéopathie. J’écoute le cd de sophrologie sur mon mp3 et la douce voix de Véronique (la sage-femme qui nous a suivis pour Clovis) me berce. Les contractions s’intensifient, toujours dans le dos, comme je le redoutais du fait de la position de Bébé à droite. Je respire, j’accueille les contractions en pensant à lui, je lui parle pour l’encourager à faire son chemin. Je visualise mon col qui s’ouvre. Entre les contractions, je râle aussi régulièrement car j’aimerais pouvoir aller sur les toilettes. La position sur le ballon, que je n’ai jamais utilisé pour les autres, me convient assez bien. Je décide tout de même de me lever et de marcher en me disant que la verticalité aidera le travail. J’ai l’impression effectivement que ça fait descendre Bébé, les contractions sont de plus en plus fortes. Les seules qui arrivent alors que Sébastien s’est un peu éloigné pour attraper des affaires dans le sac sont horribles. J’ai l’impression de perdre pied quand il s’éloigne, son contact m’aide à accueillir la contraction.  Les pressions douloureuses (méthode Bonapace) qu’il effectue me sont d’un grand secours, il me guide dans la respiration abdominale au moment des contractions les plus fortes. Je rêve maintenant de ma baignoire, je me dis que la chaleur de l’eau me soulagerait peut-être. J’ai de plus en plus de mal à gérer la respiration pendant les contractions, je commence à être dans quelque chose de plus sonore. Je me dis que je serais peut-être mieux allongée sur le côté avec mon coussin d’allaitement. Je décide donc de remonter sur la table. J’ai remarqué depuis un petit moment déjà que le rythme cardiaque de Bébé semblait ralentir, notamment lors des contractions. Je suis assise sur la table, les contractions sont d’une force inouïe, j’ai mal, je crois que je ne suis pas loin de crier, j’ai envie de pleurer. Je sais que je suis dans la phase de désespérance.
C’est le moment que choisit Samantha pour venir nous voir, elle me dit qu’apparemment les contractions gagnent bien en intensité. Elle m’explique qu’elle monte une patiente en chambre et qu’elle revient me voir. Le temps que je réalise, elle est partie, je suis déçue, j’aurais voulu qu’elle m’examine. J’ai besoin de savoir comment ça évolue. Elle a dû le sentir et ne pas s’éloigner, elle a dû entendre que la tonalité des sons émis pendant les contractions changeait. Probablement que le rythme de Bébé ralentissait encore aussi mais j’avais le monito derrière donc je ne voyais plus ce paramètre. Elle est revenue très vite. Elle m’a examinée et m’a dit : « il est là ». Elle a vite approché les affaires, a appelé l’auxiliaire, m’a demandé dans quelle position je voulais me mettre. Je me suis mise sur le côté droit mais ça écrasait le capteur du monito du coup je me suis mise à gauche. L’auxiliaire a installé un étrier du côté gauche pour que je puisse prendre appui contre si j’en avais besoin. Samantha lui a également demandé les cales pieds pour le bas de la table. Elle m’a demandé si j’avais l’impression de pousser efficacement mais je ne savais pas. Je ne sais pas trop comment j’ai fini sur le dos, elle m’a dit qu’il fallait que je pousse pour le sortir, qu’il supportait de moins en moins.
C’était un peu surréaliste, mon cerveau pensait à pleins de choses en même temps que j’avais mal. Je me disais qu’encore une fois je me retrouvais sur le dos pour une poussée dirigée alors que c’est exactement ce dont je ne voulais pas pour cet accouchement. Moi qui avais tant envie de connaître la poussée réflexe, la sensation que mon corps fasse sortir mon bébé tout seul. Là j’étais dans la position anti-physio par excellence, avec l’auxiliaire et l’étudiant de chaque coté de moi. Ils ne m’ont absolument pas maintenu, j’avais les jambes repliées et eux leurs mains simplement posées sur mes genoux. Samantha me disait de pousser, m’encourageait tout en me disant de poser mes fesses (j’avais l’impression de revivre la naissance de Clovis). J’étais partagée entre l’envie de laisser faire mon corps, la douleur qui m’envahissait et, d’un autre côté, j’avais pleinement conscience qu’il fallait que Bébé sorte vite. J’ai donc poussé, je pensais très fort à lui ; Sébastien m’encourageait. Entre chaque contraction, je respirais calmement et Samantha me disait que ça permettait à Bébé de récupérer. A un moment, j’ai décidé de ne plus relâcher jusqu’à ce qu’il sorte, je sentais mon bassin s’écartelait, ça brûlait mais je sentais sa tête progresser sous mes doigts. La tête est sortie, elle m’a annoncé qu’il y avait une circulaire, elle a coupé le cordon et m’a guidée pour la sortie du reste du corps.
6h54 ça y est, Eloi était là ! un peu sonné par ce qui venait de lui arriver. Il nous a semblé plus petit que ses frères mais tout plein de cheveux. Je l’ai vite pris et mis contre moi.


Quasiment immédiatement, Samantha a voulu passer à la délivrance. J’ai proposé de pousser lors d’une contraction, je pense qu’en moins de 10 minutes, le placenta était dehors. Au bout de quelques minutes, j’ai senti qu’ils commençaient à s’inquiéter des saignements. J’ai dit que je ressentais des contractions toujours fortes mais que si ça les rassurait ils pouvaient m’injecter l’ocytocine. J’ai encouragé Eloi à prendre le sein ; l’étudiant s’est moqué gentiment en me disant qu’il venait juste de sortir du ventre qu’il fallait lui laisser un peu de temps. J’avais envie de lui rétorquer que mon bébé venait juste de naître qu’il fallait laisser le temps à mon corps d’expulser mon placenta et à mon utérus de se rétracter mais à quoi bon ? Samantha a palpé mon utérus et a dit que ça allait donc pas d’injection.
On nous a laissé faire connaissance tous les 3, Sébastien avait très vite éteint les lumières, il a aussi éteint le monitoring, nous a couvert de la polaire que j’avais amenée. Eloi n’a pas tardé à prendre le sein, en se débrouillant comme un chef et, cerise sur le gâteau, sans que cela me fasse mal. A 8h, Samantha et Julien sont venus nous dire au revoir et nous présenter la sage-femme qui prenait la relève. J’ai eu droit à un certain nombre de « palpations » du ventre (ça m’évoque plus une expression abdominale tant la douleur occasionnée est grande) pour vérifier les saignements et la bonne rétraction de l’utérus. La sage-femme de jour m’a dit que les médecins allaient arriver, par rapport à notre désir de sortie. Sébastien est parti avec l’auxiliaire pour le peser : verdict 3,780kg ; notre première impression était donc fausse !
Céline, l’auxiliaire de jour (une ancienne collègue à moi) nous a gentiment trouvé des petits déjeuners et je me suis habillée et j’ai rangée toutes nos affaires. La pédiatre et la gynécologue sont arrivées après le staff. La pédiatre m’a redit qu’elle trouvait que ce n’était pas raisonnable de sortir ce jour. Elle a parlé de risques que le bébé ne s’adapte pas bien (comme s’il allait mieux s’adapter dans la chambre de l’hôpital). Elle a examiné Eloi et a dû reconnaître qu’il allait parfaitement bien. La gynéco m’a dit que, me concernant il y avait simplement les saignements à surveiller. J’ai oublié de préciser que malgré les efforts de poussée que j’ai fait, mon périnée est parfaitement intact et je n’ai aucune déchirure ni éraillure. La gynéco a pris mon dossier et a étudié en détails les échographies ; c’était un peu surréaliste alors que mon bébé était déjà né depuis 3h et que nous étions parfaitement en forme. Comme si les médecins tenaient absolument à ce que quelque chose cloche !
Nous avons signé tous les papiers nécessaires à la sortie contre-avis médical. C’est à ce moment-là que le cadre sage-femme est entré, j’ai eu immédiatement un mauvais pressentiment. Il m’a dit qu’il venait par rapport à mon souhait de récupérer le placenta, qu’il s’était renseigné auprès de la juriste de l’hôpital, que pour des raisons de risques infectieux c’était interdit. Pendant ce temps, la sage-femme est allée prendre le pot que j’avais déjà rangé dans mes affaires et l’a mis dans la poubelle. J’étais abasourdie, j’ai tout juste essayé de parlementer, je sentais que ce n’était pas la peine. Les larmes me montaient déjà aux yeux. J’ai expliqué que la fois précédente je l’avais pourtant récupéré. J’ai dit que c’était encore une complication à laquelle j’aurais échappé si j’avais eu la chance d’accoucher à la maison. Le cadre m’a répondu que j’étais entrée dans une institution, que je devais me conformer aux règles, que le niveau 3 avait des protocoles, que l’équipe avait déjà fait beaucoup d’efforts pour tenir compte de mes souhaits (quand on n’y réfléchit il n’y avait rien de compliqué !), que je pouvais toujours essayer d’appeler le directeur. J’ai hésité mais je me suis dit que je n’avais pas envie de me déclencher une hémorragie avec des décharges d’adrénaline ; pour le coup, ils auraient tout gagné !!!
J’ai demandé à ce qu’on me rende le pot 5min et qu’on me donne des gants et un bistouri, j’ai dû expliquer que j’avais besoin de prélever un petit morceau pour faire de l’isothérapie placentaire et que le reste était destiné à être planté sous un arbre dans mon jardin. J’ai pu faire mon prélèvement et nous avons quitté l’hôpital à 11h30.

Le reste ce n’est que du bonheur : rentrer dans son cocon, s’installer confortablement sur son nouveau canapé (largement plus confortable que la table d’accouchement ou le lit de l’hôpital), présenter Eloi à ses grands frères, entendre les mots doux de Louis et voir le sourire de Clovis qui en disent déjà long, manger de bons petits plats (et surtout manger à sa faim car les portions de l’hôpital ne suffisent pas à mon gros appétit !), prendre une longue douche dans sa salle de bains bien chauffée, chanter des chansons à Clovis pour le rituel du soir en le serrant un peu plus fort (avec le gros ventre en moins c’est plus facile), dormir dans son lit avec son petit mari chéri, son grand loulou et son petit bébé.
Bref tous ces petits instants de vie ont réussi à me faire oublier rapidement la contrariété de n’avoir pu récupérer le placenta. Il y a quand même un fond de déception d’avoir dû aller à l’hôpital mais c’est vraiment magique de rentrer chez soi de suite. C’est un étrange sentiment, la vie continue comme une évidence, comme si Eloi avait toujours été là.

Pour ce qui est de l’accouchement, en prenant du recul, mes impressions se mitigent. Je suis convaincue que la sage-femme qui m’a accompagnée a fait le maximum pour respecter mes choix. J’ai pourtant subi une nouvelle poussée dirigée ; du coup, j’ai comme une impression de ne pas avoir réussi à aller jusqu’au bout, de ne pas être parvenue à lâcher prise et à laisser faire mon corps. Peut-être que dans un autre contexte, à la maison, dans notre cocon, peut-être dans l’eau, accompagnée différemment cela aurait pu être différent. Peut-être que, comme le dit Muriel ma sage-femme, la circulaire du cordon n’aurait pas nécessité un clampage direct mais simplement une manœuvre pour le dégager. Concernant ce point, je n’ai pas vu la circulaire, je ne sais pas à quel point elle était serrée ; j’ai juste envie de me dire que Samantha a fait ce qu’elle a jugé de mieux face à cette situation.
J’ai aussi, en quelque sorte, la sensation d’avoir été victime d’un excès de zèle du cadre sage-femme. C’était un peu ma crainte par rapport au projet de naissance : je trouve que c’est à double tranchant. Cela permet d’informer à l’avance l’équipe de nos désirs pour gagner du temps et pouvoir rester dans sa bulle le jour J (même s’il n’y a aucune garantie que le projet soit respecté) mais cela peut aussi se retourner contre nous. Je n’ai eu aucun souci pour récupérer le placenta la fois précédente mais cette fois-ci, je l’avais mentionné dans mon projet de naissance et j’ai l’impression que cela s’est retourné contre moi.

Bref, il me reste des choses à digérer mais ça a été une jolie naissance pour Eloi et une belle rencontre ; c’est surtout cela qu’il faut que je retienne…

2 commentaires:

  1. C'est une belle histoire que tu nous racontes là :-)
    j'imagines ton désarois face à la réaction du cadre sage femme contratrier une femme qui vient d'accoucher je trouve cela scandaleux voire carrément misogyne! Bref l'essentiel est que tout cela se soit bien passé et que vous alliez bien :-)
    Marie.

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  2. merci pr le partage de ce moment magique à travers ton récit...trs touchant , je vous souhaite bcp de bonheur! je trouve q tu as fait ton maximum pr approcher ton idéal d'accouchement, c'etait ce que tu pouvais faire de mieux ds ta situation, bravo pr ca. et c'est une super chose que la sf ait été aussi coopérative. pr ce qui est de la poussée réflexe etc, je ne sais pas exactement les conditions, mais moi meme à la maison avec les deux je ne sais pas si je l'ai vriament sentie tu vois... c'est bizarre mais je me suis tjs posée la question sur ce point a posteriori. bizz

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